jueves, 3 de octubre de 2013

Un danseur flottant

 
J’ai trouvé fascinant le mouvement flottant et à la fois lourd d’un danseur dans le spectacle RoadKill. L’artiste était dans une ancienne cabine téléphonique pendant qu’il faisait un appel. Tout à coup, il a commencé à la parcourir avec ses pieds par les murs internes et par le toit. Son mouvement m’a transmis l’idée d’être au ralenti. C’était comme s’il marchait sur la lune en cercle ascendant dans le sens des aiguilles d’une montre. Il y avait un contraste entre la scène extérieure et l’intérieur de la cabine. Deux différents rythmes visuels qui donnaient à l’action de la cabine une image plus forte.


     Il faisait une marche très lente et continue autour de la cabine par l’intérieur, sans aucun accent, arrêt, changement de rythme ou tonus musculaire. Au début de la marche, quand j’ai le vu, c’était imperceptible le déplacement, il faisait des mouvements lents avec une attitude de la forme en balle. Le déplacement était dans le plan spatial vertical, si nous prenons la cabine de référence,  mais si nous prenons son corps, le déplacement était une marche en avant de profil, vers le droit. En plus, il y avait une opposition : par une part, l’effet visuel de flotter grâce à la marche loin du sol, par un autre, sa grande présence du poids qui se tasse. Si j’essaie de décomposer son parcours, je pourrais le diviser en quatre temps :

    1. Le premier moment était quand il restait stable dans la cabine avec une posture relâchée et son poids vers le sol.
   2. Ensuite il marchait sur le côté droit de la cabine. Il montait le mur droit du profil au public. Il appuie son dos au côté gauche de la cabine (sa direction en arrière) pour maintenir le mouvement et se déplacer sur le côté droit sans tomber. J’imagine qu’il utilisait de façon cachée aussi les bras pour se soutenir, mais je n’ai pas vu. Si j’observe le mouvement dans une première lecture, je perçois une marche légère, flottante, presque un vol; par contre si je change imaginairement le plan vertical à un horizontal pour observer la marche dans le plan d’habitude,  je constate que la force de son poids est différente, c’est une marche constante et continue dans le niveau bas, avec les genoux fléchis. En fait, je perçois une action vers le sol comme s’il marchait dans un marais. J’ose dire qu’il faisait ses mouvements vers le sol, mais que la combinaison de cette force avec son terrain fonctionnel naturel vers le ciel donnait cette contradiction merveilleuse, un vol dans la terre. En plus, comme le déplacement était dans un plan visuel vertical, la première image que j’ai attrapée, peut-être d’une façon inconsciente, était de légèreté, mais la force qu’il a investie pour maintenir physiquement le contrepoids et ne pas tomber était grande.

3. Après, il marchait dans le toit. Ses mouvements étaient continuels et lents, un mouvement perpétuel, mélangé avec de la force. Le danseur était toujours en un mouvement centripète, ce qui donnait une impression d’ancrage au sol (ou toit), une qualité de la forme en s’affaissant. Une contradiction entre l’image visuelle sur la loi de la gravité (un corps en haut flotte) et l’utilisation du poids de danseur, ainsi comme de son espace corporel, faisait le mouvement magique : il se déplace vers le haut,  mais il s’enfonce et se referme; quand il était pendu avec la tête vers la terre et le poids vers le ciel, il m’a coupé la respiration. C’était comme si nous avons tourné la cabine 180 grades. J’ai réalisé que même si être pendu par les pieds vers le sol est très commun dans le cirque et la gymnastique, ce qui le faisait fascinant était sa force d’opposition entre le ciel et la terre. Il n’était pas relâche, sinon au contraire, avec sa force vers le ciel de la cabine, vers ses pies.

4. Finalement, il marchait sur le côté gauche de la cabine, il faisait un trajet similaire à celui de l’autre côté, mais ma perception était différente. J’étais dans l’attente que quelque chose pourrait arriver, alors que quand il a fait sa première marche, ma réception était surtout intriguée.

 Je perçois qu’il y avait deux choses en particulier qui faisaient le mouvement étonnant. Premièrement, il était l’utilisation du temps lent, constante, sans arrêts ni accents qui ont donné l’idée de flotter (et pas de sauter) dans l’espace. Après, le mouvement très contrôlé et contenu, l’énergie créée dans le centre de son corps et surtout la tension physique avec l’espace, a été fondamental pour produire le mouvement et l’effet visuel. Le danseur était toujours en opposition réelle pour se soutenir et avancer dans l’intérieur de la cabine. Il ne faisait aucun bruit, aucun mouvement excessif, ses mouvements étaient avec un grand contrôle intérieur, et tout ensemble m’a donné un effet magiquement hypnotique.




 
Observation et fiction inspiré dans le danseur Iván Ontiveros.
Spectacle Roadkill avec la compagnie Teoría de Graverdad.