J’ai trouvé
fascinant le mouvement flottant et à la fois lourd d’un danseur dans le
spectacle RoadKill. L’artiste était dans
une ancienne cabine téléphonique pendant qu’il faisait un appel. Tout à coup, il
a commencé à la parcourir avec ses pieds par les murs internes et par le toit.
Son mouvement m’a transmis l’idée d’être au ralenti. C’était comme s’il
marchait sur la lune en cercle ascendant dans le sens des aiguilles d’une
montre. Il y avait un contraste entre la scène extérieure et l’intérieur de la
cabine. Deux différents rythmes visuels qui donnaient à l’action de la cabine une
image plus forte.
Il faisait une marche très lente et continue autour
de la cabine par l’intérieur, sans aucun accent, arrêt, changement de rythme ou
tonus musculaire. Au début de la marche, quand j’ai le vu, c’était
imperceptible le déplacement, il faisait des mouvements lents avec une attitude
de la forme en balle. Le déplacement était dans le plan spatial vertical, si
nous prenons la cabine de référence, mais
si nous prenons son corps, le déplacement était une marche en avant de profil,
vers le droit. En plus, il y avait une opposition :
par une part, l’effet visuel de flotter grâce à la marche loin du sol, par un
autre, sa grande présence du poids qui se tasse. Si j’essaie de décomposer son parcours,
je pourrais le diviser en quatre temps :
1. Le premier
moment était quand il restait stable dans la cabine avec une posture relâchée
et son poids vers le sol.
2. Ensuite il
marchait sur le côté droit de la cabine. Il montait le mur droit du profil au
public. Il appuie son dos au côté gauche de la cabine (sa direction en arrière)
pour maintenir le mouvement et se déplacer sur le côté droit sans tomber.
J’imagine qu’il utilisait de façon cachée aussi les bras pour se soutenir, mais
je n’ai pas vu. Si j’observe le mouvement dans une première lecture, je perçois
une marche légère, flottante, presque un vol; par contre si je change imaginairement
le plan vertical à un horizontal pour observer la marche dans le plan d’habitude, je constate que la force de son poids est différente,
c’est une marche constante et continue dans le niveau bas, avec les genoux
fléchis. En fait, je perçois une action vers le sol comme s’il marchait dans un
marais. J’ose dire qu’il faisait ses mouvements vers le sol, mais que la
combinaison de cette force avec son terrain fonctionnel naturel vers le ciel
donnait cette contradiction merveilleuse, un vol dans la terre. En plus, comme
le déplacement était dans un plan visuel vertical, la première image que j’ai
attrapée, peut-être d’une façon inconsciente, était de légèreté, mais la force qu’il
a investie pour maintenir physiquement le contrepoids et ne pas tomber était
grande.
3. Après, il
marchait dans le toit. Ses
mouvements étaient continuels et lents, un mouvement perpétuel, mélangé avec de
la force. Le danseur était toujours en un mouvement centripète, ce qui donnait une
impression d’ancrage au sol (ou toit), une qualité de la forme en s’affaissant.
Une contradiction entre l’image visuelle sur la loi de la gravité (un corps en
haut flotte) et l’utilisation du poids de danseur, ainsi comme de son espace
corporel, faisait le mouvement magique : il se déplace vers le haut, mais il s’enfonce et se referme; quand il
était pendu avec la tête vers la terre et le poids vers le ciel, il m’a coupé
la respiration. C’était comme si nous avons tourné la cabine
180 grades. J’ai réalisé que même si être pendu par les pieds vers le sol est très commun dans le cirque et la gymnastique, ce qui le
faisait fascinant était sa force d’opposition entre le ciel et la terre. Il
n’était pas relâche, sinon au contraire, avec sa force vers le ciel de la
cabine, vers ses pies.
4. Finalement,
il marchait sur le côté gauche de la cabine, il faisait un trajet similaire à
celui de l’autre côté, mais ma perception était différente. J’étais dans l’attente que quelque chose pourrait arriver, alors que quand il a fait sa première marche, ma réception était surtout intriguée.
Je perçois
qu’il y avait deux choses en particulier qui faisaient le mouvement étonnant. Premièrement,
il était l’utilisation du temps lent, constante, sans arrêts ni accents qui ont
donné l’idée de flotter (et pas de sauter) dans l’espace. Après, le mouvement
très contrôlé et contenu, l’énergie créée dans le centre de son corps et
surtout la tension physique avec l’espace, a été fondamental pour produire le mouvement
et l’effet visuel. Le danseur était toujours en opposition réelle pour se
soutenir et avancer dans l’intérieur de la cabine. Il ne faisait aucun bruit, aucun
mouvement excessif, ses mouvements étaient avec un grand contrôle intérieur, et
tout ensemble m’a donné un effet magiquement hypnotique.
Observation et fiction inspiré dans le danseur Iván Ontiveros.
Spectacle Roadkill avec la compagnie Teoría de Graverdad.
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